August 19, 2021
Von ZĂŒndlumpen
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Traduction de Wann, wenn nicht jetzt?, paru dans la brochure Brûler les foyers du virus technologique.


Ces derniĂšres annĂ©es, tous les appareils qui nous entourent se sont mis Ă  dĂ©velopper une vie qui leur est propre. Les tĂ©lĂ©viseurs modernes enregistrent les conversations de leur entourage, les rĂ©frigĂ©rateurs modernes s’occupent dans le mĂȘme temps de la gestion des provisions et mĂȘme les fours modernes ne se limitent plus Ă  ĂȘtre un foyer de chaleur Ă©lectrique : ils disposent d’interfaces internet avec lesquelles on est censĂ© pouvoir les allumer « [en Ă©tant] en chemin Â» et grĂące auxquelles ils Ă©changent / sont capables d’échanger Ă  leur guise des donnĂ©es avec leurs fabricants et autres indiscrets. Avec les smartphones, la plupart des gens trimballent de toute maniĂšre volontairement leur micro depuis longtemps sur tous leurs trajets. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses personnes fassent rentrer chez elles, y compris de leur plein grĂ©, le programme d’espionnage de l’entreprise Amazon nommĂ© Alexa. Et tandis que les « fĂ©ru.e.s de technologies Â» construisent avec enthousiasme des cages qu’ils appellent « Smart Home Â», l’État et une flopĂ©e d’entreprises de technologie ont des plans et des visions encore plus vastes et importants : la (l’auto-)surveillance volontaire entre ses quatre murs, c’était hier : la « smart city Â» d’aujourd’hui et de demain comprend un rĂ©pertoire impressionnant de capteurs sensoriels afin non seulement d’enregistrer et de surveiller avec minutie qui est oĂč et avec qui, mais Ă©galement de contrĂŽler les mouvements et les actions des habitant.e.s de la ville, ainsi que de les orienter et de les manipuler, en utilisant des mĂ©thodes plus ou moins sophistiquĂ©es. A y regarder de plus prĂšs, cela relĂšve semble-t-il pour eux d’une cruelle nĂ©cessitĂ©, car dans les environnements de plus en plus hostiles des villes d’aujourd’hui, oĂč la prioritĂ© absolue est accordĂ©e au transport de bĂ©tail humain dans les bureaux, les magasins et les usines, ainsi qu’au transport de marchandises censĂ©es satisfaire de faux besoins, tout potentiel subversif doit ĂȘtre rĂ©duit au silence – ou mieux encore – ĂȘtre intĂ©grĂ© au sein de cette illusion de vie avant qu’il ne se propage telle une Ă©pidĂ©mie et ne cause des dĂ©gĂąts irrĂ©parables Ă  ce monde idĂ©al merveilleux.

Mais comment ĂȘtre en capacitĂ© de contrĂŽler une ville entiĂšre ? LĂ  oĂč les mĂ©thodes classiques d’architecture, de travail policier, de psychiatrie, de sociĂ©tĂ© carcĂ©rale, d’école et d’éducation en gĂ©nĂ©ral atteignent leurs limites, la technologie d’information ouvre de nouvelles possibilitĂ©s jusqu’alors inconnues. Et les personnes contrĂŽlĂ©es ? Elles se laissent vendre cela (littĂ©ralement) comme un progrĂšs (ce que c’est peut-ĂȘtre, mais le progrĂšs n’a rien de positif en soi), comme une solution Ă  leurs problĂšmes. N’est-il pas pratique que Google Maps nous montre le trajet le plus rapide pour se rendre au travail ? N’est-il pas agrĂ©able d’utiliser cette trottinette Ă©lectrique si bien situĂ©e sur son chemin pour rentrer plus rapidement Ă  son domicile ? Et qu’en est-il du paiement ? Échelonner les paiements par sans contact avec le smartphone, partager la facture via Paypal et il ne vient mĂȘme plus Ă  l’idĂ©e d’embarquer simplement les marchandises en foutant le camp. Avec toutes ces camĂ©ras, qui aurait une telle idĂ©e ?

La plupart de ces « offres Â» ne sont possibles que si les donnĂ©es peuvent ĂȘtre Ă©changĂ©es partout et Ă  tout moment. Sinon, comment Google saurait-il exactement oĂč se trouvent les embouteillages ? Comment les trop nombreuses trottinettes Ă©lectriques (mais pas tant que ça en fin de compte) arriveraient-elles lĂ  oĂč leurs client.e.s les attendent ? Comment s’assurer qu’on a l’argent ou la marge de crĂ©dit nĂ©cessaire sur son compte pour opĂ©rer un paiement ? TrĂšs juste : tout cela fonctionne si internet est accessible partout. D’ailleurs, si j’ai dĂ©jĂ  accĂšs Ă  internet, je peux bien utiliser aussi toutes les autres offres que peut m’offrir le cyberespace. Je ne dois plus jamais perdre mon temps. Quand je prends le mĂ©tro pour aller au taf, je ne gaspille plus de temps : je peux lire les nouvelles du jour, regarder en streaming le dernier Ă©pisode de ma sĂ©rie prĂ©fĂ©rĂ©e, rester en contact avec mes potes grĂące Ă  Whatsapp, me prendre en photo pour Instagram, etc. C’est si simple que je n’ai plus jamais Ă  ressentir l’ennui. A chaque minute de libre, je peux regarder mon smartphone plutĂŽt que de me perdre dans mes pensĂ©es. Parfois, regarder mon appareil me semble mĂȘme plus excitant que d’ĂȘtre en contact – rapprochĂ© – dans la rĂ©alitĂ©. Ne laisser simplement aucune place Ă  l’ennui. Mais quand, Ă  la fin de la journĂ©e, je repense Ă  ce qui reste de tout cela, il n’y a que le vide laissĂ© par cette occupation comme fin en soi. Je n’ai peut-ĂȘtre pas eu le sentiment de m’ennuyer mais j’ai menĂ© une vie assez ennuyeuse. Ma vie est devenue l’incarnation d’une existence contrĂŽlĂ©e. Mes actions sont non seulement devenues prĂ©visibles, mais elles ne sont mĂȘme plus miennes. Est-ce vraiment la vie dont j’ai rĂȘvĂ© ? Travailler toute la journĂ©e et regarder Netflix ou des pornos pour se dĂ©tendre ? Une normalitĂ© tout au plus brisĂ©e par la montĂ©e de dopamine Ă  chaque nouvelle notification push entrante ? Sauf que c’est le cas en permanence, parfois mĂȘme chaque minute


MĂȘme les plus fervent.e.s dĂ©fenseur.e.s de la nouvelle idĂ©ologie de la « connexion permanente Â» ont compris entre-temps que cette forme de vie ne peut pas ĂȘtre « ce qui est vrai Â». « Digital Detox Â» est l’une des derniĂšres tendances de la Silicon Valley et dĂ©signe une sorte de « prise de congĂ© Â» de l’utilisation de tous les appareils par consĂ©quent toxiques. Pendant quelques jours, une semaine ou parfois mĂȘme un mois, les utilisateur.e.s surmenĂ©.e.s sont censĂ©.e.s faire une pause en matiĂšre d’utilisation de smartphone et d’ordinateur et ainsi dĂ©sintoxiquer leurs cerveaux et leurs esprits de toute la merde technologique. Mais alors pourquoi absorber ce poison ? Alors que les gouvernements, les entreprises de technologie et leurs disciples continuent de faire des expĂ©riences avec ce venin numĂ©rique, une question se pose en premier lieu Ă  tou.te.s les autres : pourquoi devrais-je m’administrer / me faire administrer ce poison ?

En fin de compte, rien de cela n’est ma vision. Et pourtant : en regardant autour de moi, je peux clairement voir de quelles maniĂšres (et sous quelles variantes) cette vision dĂ©termine(ra) et change(ra) ma vie, actuellement et dans un avenir proche. MĂȘme si je n’ai pas mon mouchard Ă  Ă©cran tactile sur moi, je ne peux quasiment plus, dans cette ville sous camĂ©ras et autres capteurs, faire un pas sans que mes moindres mouvements ne soient dĂ©tectĂ©s et enregistrĂ©s. MĂȘme si je n’ai pas accueilli chez moi le probablement plus grand programme privĂ© d’espionnage du moment accessible sans smartphone ‘Alexa’, mĂȘme si je n’ai pas de four, de tĂ©lĂ©viseur, de frigo « smart Â» ou autres, il suffit que mon/ma voisin.e et mes ami.e.s possĂšde(nt) ce type d’appareils. Quiconque permet Ă  un tel dispositif d’espionner son environnement rend possible non seulement le fait de se surveiller soi-mĂȘme, mais aussi les autres. Le calcul des technocrates s’avĂšre juste : une fois qu’ils/elles sont parvenu.e.s Ă  mettre en circulation une certaine quantitĂ© d’appareils-espion, ils/elles sont capables de contrĂŽler tous les gens, peu importe qu’ils partagent (volontairement) ou non leur vision. Selon moi, nous en sommes dĂ©jĂ  plus loin. Des lignes internet de plus en plus rapides, des rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communication sans cesse plus performants ont fait exploser le nombre d’appareils (et d’objets) qui nous espionnent : des lampadaires jusqu’aux fours. De nos jours, tout semble avoir des yeux et des oreilles. Et tout cela ne fait que commencer. Si aujourd’hui on le souhaite ou on ne fait pas attention, des montres et des bracelets peuvent surveiller notre rythme cardiaque et autres paramĂštres vitaux. A l’avenir, nos vĂȘtements s’en chargeront tout seuls, du moins c’est ce qu’annonce l’industrie textile. Et ce n’est qu’un exemple de la façon dont le nombre de choses qui nous espionnent va exploser. Les rĂ©seaux classiques qui aujourd’hui connectent les smartphones des gens ne suffisent plus. Ils sont trop lents et ne sont absolument pas suffisants pour connecter plusieurs appareils en mĂȘme temps.

C’est la raison avancĂ©e pour le dĂ©ploiement de la 5G, mais aussi pour que les gros pontifes de la technologie comme Elon Musk (le cinglĂ© qui veut coloniser Mars pour faire de l’humanitĂ© une « espĂšce multi-planĂ©taire Â» – c’est pas une blague, c’est sa raison !) ou le patron d’Amazon Bezos et d’autres travaillent au lancement de milliers de satellites dans l’espace censĂ©s pouvoir couvrir le monde entier en connexion internet rapide – et probablement aussi nous espionner encore de diffĂ©rentes maniĂšres. Plusieurs centaines de ces voyeurs de l’espace nous surveillent dĂ©jĂ  actuellement.

Ce que certain.e.s veulent rĂ©aliser avec des satellites dans l’espace, d’autres le prĂ©voient avec un rĂ©seau mobile terrestre partout sur le globe. La 5G, en tant que nouvelle norme de rĂ©seau mobile, est censĂ©e fournir un internet plus rapide Ă  une large gamme d’appareils. Ainsi, la 5G devrait pouvoir s’adresser Ă  prĂšs de 100 milliards d’appareils mobiles en mĂȘme temps. Cela reprĂ©sente une moyenne de 12,5 appareils par personne dĂ©ambulant sur la Terre. Ainsi, ils devraient tous ĂȘtre en mesure d’échanger de 50 Mbit jusqu’à 2 Gbit de donnĂ©es par seconde. Pourquoi ? Le prĂ©texte selon lequel il s’agirait, pour les architectes de la prison technologique, de nous apporter la libertĂ©, des possibilitĂ©s d’internet rapide et la bĂ©nĂ©diction de la technologie, ne peut pas nous tromper. Si les dirigeant.e.s de l’industrie technologique Ă©taient si soucieux de notre bien-ĂȘtre, comment se fait-il que, pendant le processus de normalisation de la 5G ainsi que depuis le dĂ©but de l’arrivĂ©e du rĂ©seau mobile couvrant tout le territoire, l’ensemble des prĂ©occupations en matiĂšre de santĂ© aient Ă©tĂ© mises de cĂŽtĂ© ? Au lieu de cela, celles et ceux qui ont abordĂ© et abordent les aspects sanitaires ont Ă©tĂ© et sont qualifiĂ©.e.s d’adeptes de thĂ©ories complotistes, mĂȘme si en mĂȘme temps aucun.e des partisan.e.s des rĂ©seaux mobiles n’a jusqu’à prĂ©sent pu apporter la preuve (comment le pourrait-il ?!) que ces mĂȘmes rĂ©seaux ne sont pas nocifs pour tout ĂȘtre vivant. Alors que de nombreux pays ont constamment augmentĂ© les seuils d’exposition aux ondes radio afin d’ouvrir la voie aux nouvelles technologies qui, grĂące Ă  ces rĂ©ajustements ont pu s’y conformer, nous devons en mĂȘme temps nous demander pourquoi de tels seuils existent alors que tout le monde semble ĂȘtre si convaincu que la technologie des ondes ne prĂ©sente aucun risque pour la santĂ©. Ce qui n’est Ă  vrai dire pour moi qu’une question secondaire (car je pense que ce qui est pire que tout risque d’exposition aux ondes pour la santĂ© – Ă  mes yeux facteur insignifiant dans le cadre des nuisances de la civilisation–, ce sont les rĂ©percussions sociales de leur technologie), me semble ĂȘtre cependant une excellente preuve d’à quel point les acteur.e.s qui promeuvent tant l’extension de la 5G, du rĂ©seau mobile ou d’un rĂ©seau de communication par satellite, se moquent du salut de l’humain qu’ils/elles mettent pourtant tellement en avant.

L’ironie de tout cela – que je n’aurais probablement jamais pu prĂ©senter de maniĂšre aussi claire et concise sans les Ă©volutions de ces derniĂšres semaines – saute tout particuliĂšrement aux yeux au moment oĂč le dĂ©ploiement de la 5G est justement promu sous prĂ©texte d’une « guerre Â» contre la pandĂ©mie. Pendant que les gens sont enfermĂ©s chez eux au nom de leur « santĂ© publique Â» ou d’une politique sanitaire aux allures quasi-fascistes, sont Ă©rigĂ©s dans leur quartier de nouveaux pylĂŽnes Ă©metteurs, dont les effets sur la santĂ© ne sont au minimum pas connus et contre lesquels certains mĂ©decins mettent en garde parce qu’ils affaibliraient les dĂ©fenses immunitaires. Dans le but plus ou moins dissimulĂ© de rendre l’enfermement d’une certaine maniĂšre « plus supportable Â» et donc plus durable, car quiconque est pacifiĂ©.e par des offres (gratuites) de porno et de Netflix, est sans cesse aliĂ©nĂ©.e de la sorte de ses propres dĂ©sirs et besoins, et se voit poussĂ©.e de force dans les normes violentes d’une sociĂ©tĂ© de production et de reproduction, finit par avoir de moins en moins l’idĂ©e de se rĂ©volter contre le fait d’ĂȘtre confinĂ©.e, d’ĂȘtre interdit.e de contact et d’ĂȘtre mis.e en quarantaine. « The Revolution will not be televised Â» demeure malheureusement une affirmation trop juste dans une pĂ©riode qui, Ă  mon avis, est bien trop surestimĂ©e et qui voit mĂȘme la tĂ©lĂ©vision classique s’élargir Ă  quelques fonctions ridicules d’interaction afin de pouvoir commenter et Ă©valuer ; cela ne fait que parfaire la fonction pacificatrice de tout cela : si le trollage sur les rĂ©seaux sociaux, les posts Ă©nervĂ©s et mĂȘme les films « subversifs Â» et les Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es servent Ă  exprimer son propre mĂ©contentement, pourquoi les gens auraient-ils alors Ă  porter dans les rues la colĂšre liĂ©e Ă  cette ridicule illusion de libertĂ© dont on nous berce ? Ne faisons-nous pas dĂ©jĂ  partie de cette illusion ?

Maintenant, la bonne nouvelle est que justement beaucoup de personnes semblent prendre conscience de cette situation, peut-ĂȘtre en ont-elles toujours Ă©tĂ© conscientes, mais nombre d’entre elles semblent Ă  prĂ©sent ne plus vouloir se taire, ne plus ĂȘtre prĂȘtes Ă  se laisser malmener et opter pour l’attaque, plutĂŽt que de crier leur dĂ©saccord dans les sphĂšres sans fin du numĂ©rique oĂč il finit par se perdre (sans ĂȘtre entendu).

Presque tous les jours des infos me parviennent que quelque part dans le monde une antenne-relais 5G ou tout autre pylĂŽne Ă©metteur est incendiĂ©, explosĂ©, abattu ou dĂ©truit d’une quelconque maniĂšre. MĂȘme si la presse (dĂ©mocratique) tente soit de taire ces attaques, soit de les discrĂ©diter comme Ă©tant l’Ɠuvre de n’importe quel.le cinglĂ©.e – qu’est-ce que ça veut dire ? Pour ĂȘtre clair, je prĂ©fĂšre passer pour « cinglĂ©.e ou fou/folle Â» dans ce monde plutĂŽt que pour une personne « normale Â» –, il n’est plus possible de cacher plus longtemps que s’exprime lĂ  l’opposition intransigeante des personnes qui ne veulent plus que leurs vies soient dĂ©terminĂ©es par les États, les entreprises ou autres. De celles et ceux qui en ont assez de produire et de reproduire, qui en ont assez d’ĂȘtre domestiquĂ©.e.s ; de celles et ceux qui veulent vivre plutĂŽt que de vĂ©gĂ©ter.




Quelle: Zuendlumpen.noblogs.org